Abymes vus du GranierLe Granier par le Pas des Barres est une grande classique. Situé à la pointe nord de la Chartreuse, ce sommet domine vertigineusement la cluse de Chambéry et tout le Nord de la Chartreuse. Il fait face aux Bauges, et, un peu plus loin, au massif du Mont Blanc. La randonnée traverse des paysages variés: forêt, alpage, lapiaz du plateau du Granier. Elle se déroule dans une réserve naturelle qui peut réserver de belles rencontres si l’on choisit un moment pas trop fréquenté.

Durée: une journée.

Quand? en saison évitez le samedi et le dimanche si vous le pouvez.

Difficulté: le franchissement du Pas des Barres est le problème. Il ne faut pas être sensible au vertige. Il est aménagé, mais il ne suffit pas de savoir monter à  une échelle pour le franchir.

Départ: la Plagne 1100m (c’est un hameau situé au dessus d’Epernay, en Chartreuse; n’allez pas confondre avec une trop grande station). Il est également possible de monter du côté Grésivaudan, par la porte de l’Alpette. Plusieurs départs sont possibles: Bellecombe à 716m ou Saint Marcel à 825m. Le dénivelé est plus important.

Carte: pour emporter: carte IGN 25000ème, 3333OT. Pour se rendre compte immédiatement: carte Google Maps.

Ressources:

– une description du même itinéraire complétée d’une descente par la Balme à Colon sur Sentier-nature.com et sur Montagne à vache
– sur le blog « Paysages de Savoie », une ballade sur le Plateau de l’Alpette au début de l’hiver.
– le Mont Granier sur wikipedia, et sa géologie sur Geol-alp
– tout ce qu’il faut savoir de la Réserve naturelle des hauts de Chartreuse

Photos prises le 21/9/13

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Arrivé à proximité du hameau de la Plagne, j’aperçois le col de l’Alpette, le premier objectif de la rando. Il est 8h30, ce n’est pas très matinal mais suffisant pour éviter la grande foule et se garer correctement au petit parking situé sous les premiers arbres de la forêt.

Du parking le plus simple consiste à suivre la piste qui s’engage dans la forêt. Le chemin qui traverse le hameau est plus direct, mais il m’oblige à redescendre un peu. Les 2 se rejoignent très vite de toutes façons.

La Plagne en Chartreuse.

La montée dans la forêt emprunte un large chemin, utilisé par les troupeaux qui gagnent l’Alpette. Il est vraiment raide.

Montee au Col de l Alpette.

Réserve naturelle des Hauts de ChartreuseOn entre bientôt dans la Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse et on y restera durant toute la suite de la randonnée. Les chiens, même tenus en laisse sont interdits, ainsi que la cueillette de toutes espèces de plantes, ou presque. Curieusement la chasse n’est interdite que sur 30% de la superficie, et la cueillette de 2 plantes (vulnéraire des Chartreux et thé des Alpes) est autorisée. Étonnant n’est ce pas, au vu de l’exiguïté de la réserve? Certains autochtones conservent sans doute une mentalité de chasseurs cueilleurs, malgré le développement du tourisme. On espère ne pas les rencontrer.

Arrivée au Col de l’Alpette, à 1547m. 450 m de dénivelé ont été franchis, soit déjà plus de la moitié de ce qu’il faut gravir pour aller au sommet.

Col de l Alpette.

Fin de la forêt, arrivée sur le plateau, entrée de l’alpage. Ce brusque changement d’ambiance est bien exprimé dans une scène du roman « Le lac noir », publié en 1903 par Henri Bordeaux. Le personnage est monté de Bellecombe, par la porte de l’Alpette. « Je parvins à une gorge étroite creusée naturellement dans l’invincible muraille du Granier. Puis, le sentier qui la comble aboutit à une porte close, une porte grossière à clairevoie, faite de barreaux de bois inégaux et mal équarris.
Col de l alpette– Comment! une porte?
– Une porte que mon guide poussa, et nous découvrîmes, après quelques pas, les pâturages de l’Alpette. L’Alpette est une vaste prairie enfermée dans un cirque de rochers; on n’y peut accéder que par cette gorge dont les bergers condamnent l’entrée à leur guise;  ainsi leurs troupeaux ne peuvent plus sortir de la montagne. La garde en est si facile qu’un ou deux pâtres suffisent à cette tâche; ils vivent là hors du monde, pendant trois ou quatre mois de l’année. » (1)

110 ans plus tard, c’est toujours vrai. L’alpage reste un monde paisible et dépaysant, et c’est bien ce que viennent chercher les nombreux randonneurs qui montent ici, seuls ou en groupes, pour un pique nique ou une ballade sur le plateau.

Pinet.

La randonnée se poursuit par une marche agréable, au milieu des pelouses de l’alpage. Juste en face « …on aperçoit l’enchevêtrement infini des montagnes, et comme un roi qui dépasse sa Cour de toute la tête, le Mont-Blanc, orgueilleux et serein, dominant son massif qui lui-même domine les Alpes. »

725 Mont Blanc Alpette b

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Rochers Alpette

Le sentier reste horizontal, il longe les barres rocheuses qui forment le socle du Granier, jusqu’au niveau de 2 gros blocs probablement tombés de la falaise.

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Barres au dessus de l'Alpette.

Marquage jauneA partir de cet endroit il entame une montée vers les rochers au travers d’une forêt clairsemée. Il est bien balisé.

Vers le Pas de Barres.

J’arrive bientôt à une bifurcation. Tout change brusquement: « … le sentier aborde résolument la muraille du Granier, mord le roc, s’y incruste, y taille des marches d’escalier et grimpe ainsi presque à pic à la façon des chamois. Aujourd’hui une échelle de fer aide à gravir ce mauvais passage »

Pas des Barres

Pas des Barres

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Là non plus rien n’a vraiment changé, l’équipement du passage est resté le même. Pour qui prend plaisir à faire un peu de grimpette dans les rochers le passage est facile, c’est de la randonnée avec les mains. Il faut tout de même chercher un peu les prises, souvent polies par les passages répétés. Ce n’est pas du goût de tout le monde, il ne faut pas être sujet au vertige, assurer la sécurité d’un enfant demande un savoir faire qui ne s’improvise pas.

Pas des Barres

Pas des Barres

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Au dessus des barres on pénètre dans une forêt de pins.

Vers le Granier

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Bauges et Mont Blanc

Nous voici sur le plateau du Granier « Des maigres sapins, agrippant la pierre on ne sait comment, les racines à demi-nues, nous ont donné l’exemple et se maintiennent en équilibre, puisant leur sève on ne sait où. »

760 Sur le Granier b

« Nous ne rencontrerons plus maintenant que la pierre, quelques arbres hardis et débiles, et des touffes de rhododendrons qui, l’été, animent de leurs taches rouges ces lieux désolés. Nous ne montons plus guère. Le sommet est un immense plateau en pente douce qui fuit devant nous et brusquement nous oppose des aspérités. Je ne connais pas de paysage plus tragique. « 

Moi je le trouve plutôt sympa ce paysage. Il est un peu sauvage, juste comme il faut. Il est désormais surtout fréquenté par les chamois et bouquetins. A l’époque dont parle H Bordeaux, il était sans doute pâturé par des troupeaux qui y accédaient par le pas de la Porte: quelques ruines, et un bassin situé en contrebas du sentier en témoignent. Il est très possible que la végétation soit devenue plus abondante.

Carline acauleCarline acaule Gentiane champêtreGentiane mauve

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Vers la Balme a ColonPlus loin, je repère en passant l’embranchement avec le sentier qui vient de la Balme à Colon. C’est un itinéraire de descente possible. Il est signalé par un poteau indicateur classique, et aussi par un pétroglyphe amusant.

La progression sur le plateau est une longue promenade en pente douce. C’est l’avantage, mais aussi l’inconvénient de cet itinéraire. Aujourd’hui il fait beau et pas trop chaud, c’est agréable. Le sommet du Granier se rapproche lentement.

Sommet du Granier en vue

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Et me voici au sommet. Vue à 360°, sur toute la partie nord la Chartreuse.

Chartreuse Saint Pierre dEntremont .

La pointe de la Cochette et le Mont Outheran, au dessus du désert d’Entremont.

Croix du Granier

Au loin le massif des Bauges, au pied de la falaise, les abymes de Myans.

Abymes vus du Granier.

Et toujours, sa majesté le Mont-Blanc.

Mont Blanc Bauges.

Pour le retour on a le choix entre redescendre par le même chemin, ou passer par la Balme à Colon.

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(1) Henry Bordeaux, Le Lac Noir (Feuilleton du Journal des débats, 6 octobre 1903)

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