Lis martagon (Lilium martagon L.)

Le lys martagon (ou lis, c’est comme on veut) est une belle fleur, sans aucun doute. Sa rencontre suffit à enchanter une randonnée. Elle a de nombreuses autres qualités, moins ostentatoires.

Lys martagon 1b

On trouve le lys martagon dans une grande diversité de milieux. Il se fait remarquer au beau milieu des prairies d’un alpage dont il domine sans difficulté les graminées. Il se fait plus discret dans la prolifération de grandes plantes qu’est la mégaphorbiaie alpine. On le trouve aussi en forêt, dans les hêtraies claires de basse altitude où il est parfois relativement abondant.

Lys martagon 3b

Sa beauté sophistiquée détonne dans l’environnement âpre des prairies d’altitude ou dans l’austérité d’une hêtraie, milieu peu luxuriant s’il en est. Comment fait-il pour résister? Le secret, la magie, est dans le bulbe… Un secret qui n’a pas échappé aux populations montagnardes: en Vanoise comme en beaucoup d’endroits, le lys martagon était connu sous le nom de « racine d’or » (1), sobriquet qui fait référence à son oignon jaune d’or.

L’intérêt porté à cet oignon était on ne peut plus terre à terre: il est comestible. « Les bulbes du lys martagon, formés d’écailles charnues, sont assez sucrés, de saveur agréable. Ils étaient consommés en Savoie lors de périodes de disettes jusqu’à la fin du XIXème siècle ainsi que ceux du lys orangé » (2). Le bulbe a aussi fait l’objet d’un  commerce par les colporteurs à la même époque, mais uniquement en Oisans, à Venosc (3). Il semble avoir été utilisé aussi pour la teinture… La « flore forestière » (4) liste d’autres propriétés: le bulbe serait diurétique, émollient, résolutif…

Manifestement l’imaginaire s’est attaché au jaune d’or des oignons: « leur couleur inspirait les alchimistes qui les auraient utilisés pour transformer la matière en or. Les alchimistes se plaçant sous l’influence de Mars, dieu de la guerre auraient donné son nom au martagon. » (5) La « flore forestière » confirme que martagon = de la planète Mars.

Puisqu’on est en pleine magie, il faut mentionner une autre tradition associée au bulbe: « Comme amulette, pour expulser le mal de dent, en Suisse et au Tyrol existe la très vieille coutume d’accrocher au cou un oignon de lis martagon dans un sachet. Elle est peut-être due au fait que les écailles de ce bulbe ressemblent plus ou moins par leur forme et par leur coloris à des dents. Le bulbe doit être cueilli le vendredi pendant que les cloches sonnent un Pater, sans qu’on le touche avec la main » (6). On s’amusait bien dans les alpages suisses! J’ai comme un doute mais il se trouve que cette tradition est aussi rapportée en Vanoise, dans une version un peu différente: « Autrefois, on réalisait des colliers avec l’oignon doré du lis martagon pour soulager les enfants qui faisaient leurs premières dents » (5). A la réflexion, c’est peut-être moins farfelu que çà en a l’air: la racine est sucrée. L’histoire ne dit pas si les enfants étaient censés mâchouiller les perles du collier, mais rien n’interdit de le penser. Si on se rappelle qu’elle contient des principes actifs qui en font un émollient reconnu, on se dit tout à coup que c’était peut-être juste une bonne idée.

Le lys martagon était donc une ressource familière en pays de montagne. Qu’il ait pu être un recours en cas de disette suppose qu’il était beaucoup plus fréquent que maintenant. Il n’est pourtant pas certain que la consommation des bulbes soit la cause de sa rareté actuelle. La vraie calamité a peut être été le tourisme. Dans les hêtraies de l’avant pays savoyard les chambériens allaient faire leurs bouquets et en ramenaient des brassées, les randonneurs ne sont pas en reste et ont souvent eu du mal à résister à sa beauté… Edelweiss, sabot de Vénus, lys martagon: même combat.

Références

(1) fiche FloreAlpes

(2) François Couplan, Le régal végétal: Plantes sauvages comestibles, Sang de la terre, Paris, 2009, 527 pp. – voir p. 77

(3) Robert-Muller Ch., Allix André. Un type d’émigration alpine : les colporteurs de l’Oisans. In: Revue de géographie alpine. 1923, Tome 11 N°3. pp. 585-634. (consulté le 30 mai 2012 sur Persée)

(4) Rameau J.C., Mansion D., Dumé G., Flore forestière française, Guide écologique illustré, T2 Montagnes, Paris, IDF, 1994, 2421 pp. p. 1647

(5) http://www.classes-neige-decouverte.com/vanoise/protegees.htm  consulté le 30 mai 2012

(6) Henri Lamendin, Soignez votre bouche par les plantes: Remèdes d’hier et d’aujourd’hui, L’Harmattan, Paris, 2007

(7) fiche MNHN R. BAJON, janvier 2000. Lilium martagon L.. In Muséum national d’Histoire naturelle [Ed]. 2006. Conservatoire botanique national du Bassin parisien, site Web. http://www.mnhn.fr/cbnbp

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