Aconit paniculé (Aconitum variegatum subsp. paniculatum)

Une fleur magnifique, que vous découvrirez probablement le long d’un sentier, dans la forêt. Elle est plutôt rare, elle pousse de 1000 à 2500m, uniquement dans l’arc alpin. On la reconnait à sa forme typique, qui évoque un casque. Mais attention: elle est très vénéneuse.

Aconit paniculé

Elle est grande (jusqu’à 1,5m). Elle pousse dans les endroits humides. Je l’ai rencontrée dans la magnifique forêt d’Isertan à Pralognan la Vanoise, en revenant du Col du Grand Marchet.

Aconit paniculé

C’est assurément l’une des plus belles plantes de la mégaphorbiaie. C’est le nom que les botanistes donnent à la végétation luxuriante qui se développe dans les ravins ou les sous bois humides, particulièrement sous les aulnes. Les animaux sauvages adorent cet enchevêtrement où ils sont rarement dérangés. Les randonneurs restent sur le sentier et sont peu attentifs au fouillis végétal qui les entoure. Ils ont tort. C’est sûr, les fleurs sont moins bien mises en valeur que sur une pelouse alpine, mais dans ce biotope très riche, on trouve de nombreuses plantes remarquables. Au milieu des laitues des Alpes, des adénostyles à feuilles d’alliaire, l’aconit paniculé se distingue par le bleu violacé de ses fleurs.

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aconit paniculé

C’est bien beau tout çà. Oui, mais voilà: les aconits sont  tous violemment toxiques. L’aconit tue loup et l’aconit napel sont redoutables, l’aconit paniculé n’est pas en reste.

Les aconits

Le poison a été isolé au XIXème par Groves et baptisé l’aconitine, c’est un alcaloïde qui est présent dans toute la plante, mais plus concentré dans les racines. A l’époque on compare les différentes espèces, on étudie les usages médicaux, on teste le poison. Il suffit de 0,1g de racines d’aconit napel pour tuer un chien… ou un loup.

Le poison était connu de longue date, évidemment: il est trop violent pour passer inaperçu. Dès le XVIIIème les premiers archéologues ont supposé que les aconits avait pu être utilisés durant la préhistoire pour faire des flèches empoisonnées, tout comme l’ellébore. Les archéologues continuent à le penser (5) (mais pour l’instant il n’existe pas de preuves archéologiques)

Ce qui est certain, c’est que dès l’antiquité la plante avait trouvé sa place dans l’imaginaire: « L’aconit, selon la fable, avait été produit par l’écume de Cerbère, lorsque Hercule enchaîna ce monstre et l’arracha des enfers. On montrait auprès d’Héraclée, dans le royaume du Pont, l’ouverture par laquelle le héros était sorti du gouffre infernal, et l’Aconit croissait en grande abondance aux environs. Aristote, Nicandre et Pline rapportent la même fable avec peu de différence. Selon Diodore de Sicile, ce fut Hécate qui apprit aux hommes les funestes propriétés de cette plante. D’après le cruel usage auquel on faisait quelquefois servir l’Aconit, les anciens employaient souvent ce mot pour désigner les poisons en général (…) » (3) et (4) Autant le dire simplement: pour la mythologie elle sort tout droit des enfers (et elle y mène…)

Avouez que vous n’imaginiez pas rencontrer tant d’histoire au détour d’un sentier de montagne! Vous voilà prévenu: admirez de loin, touchez pas, surveillez les gamins, et passez votre chemin. Elle s’occupe elle même de sa protection: on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Références

(1) fiche FloreAlpes

(2) Rameau J.C., Mansion D., Dumé G., Flore forestière française, Guide écologique illustré, T2 Montagnes, Paris, IDF, 1994, 2421 pp. p. 899

(3) Loiseleur-Deslongchamps (Jean-Louis-Auguste, M.), Herbier général de l’amateur contenant la description, l’histoire, les propriétés et la culture des végétaux utiles et agréables, Paris, Audot, 1821, Vol 5  p. 327

(4) Nicolas Philibert Adelon (1782-1862), Dictionnaire des sciences médicales, Vol 35 p. 165

(5) Yannick Miras et Frédéric Surmely (dir), Environnement et peuplement de la moyenne montagne, du Tardiglaciaire à nos jours,  Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2006  – 205 pages  (Annales littéraires 799, Série « Environnement, sociétés et archéologie », Les poisons de chasse dans les sociétés préhistoriques des pays des latitudes tempérées, Frédéric Surmely pp. 51 – 59)

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