Épilobe en épi, Épilobe à feuilles étroites, Laurier de Saint-Antoine (Epilobium angustifolium)

Voila une fleur qui n’est pas rare du tout, pas fragile, qui se hâte de coloniser les espaces laissés libres par une coupe forestière, les talus des chemins de montagne. On la voit partout, elle fait partie du paysage à un point tel qu’on l’oublie… sauf lorsque l’on a besoin d’un premier plan coloré pour faire joli sur la photo.

épilobe en épi

On la trouve des plaines aux montagnes (de 0m à 2500m), du Canada à la Sibérie en passant par la Scandinavie. Mais pas trop dans le sud, car si elle est une inconditionnelle de la lumière il lui faut aussi de la fraicheur (elle ne craint pas le froid) et suffisamment d’humidité…

La voici, pas très loin du Cap Nord, une fois de plus au premier plan de la photo:

épilobe en épi

Biologie

épilobe en épi

Beaucoup de plantes partagent ses goûts: eau et lumière, c’est tout ce dont une plante à besoin. La concurrence est rude pour s’établir dans les endroits où l’on trouve tout çà. Pourquoi est-elle si fréquente?

C’est une opportuniste; lorsque une bonne place se présente, elle se débrouille pour la prendre avant les autres. Elle colonise vite les espaces dégagés par les coupes de bois. Au Canada elle prospère sur les terrains dégagés par les feux de forêts en occupant parfois des surfaces considérables.

Elle se propage par les graines qu’elle produit en abondance. Elles sont légères, le vent les emporte loin… pratique pour s’établir sur un nouveau terrain. Une fois établie elle se propage par stolons, et en développant son rhizome… elle a toutes les astuces pour se développer rapidement une fois qu’une colonie est établie. Et en plus son rhizome résiste assez bien au feu: elle est la première à repousser après l’incendie. Du grand art!

Durant quelque temps elle prospère en compagnie des framboisiers. Elle tente de monopoliser le terrain en serrant les rangs, en étouffant les concurrentes, qui sont tenues en échec durant quelques années. Mais les graines d’arbres et d’arbustes, habituées à grandir sous le couvert forestier parviennent à prospérer. Finalement les espaces qu’elle a colonisés sont conquis à leur tour par la forêt. Alors elle va voir ailleurs car elle n’apprécie guère une ombre épaisse.

Bref, on dit en écologie que c’est une espèce pionnière. Elle a tout misé sur le mouvement, au contraire du Silène des glaciers ou de la Joubarbe des toits, qui ont appris à survivre et à durer là où personne d’autre ne résiste, là où il n’y a pas de concurrence. Chacun son truc.

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Propriétés

épilobe en épiElle est envahissante, mais elle gagne à être connue, car elle possède de nombreuses propriétés.

C’est une plante mellifère, dont le miel est recherché. Au Canada, où l’on en trouve parfois de vastes étendues, les apiculteurs pratiquent la transhumance des abeilles pour faire du miel d’épilobe. Le miel, très clair, est excellent parait-il.

L’infusion de feuilles séchées a un parfum de thé, elle était d’usage courant en Russie: la plante est parfois nommée « Thé russe« .

L’épilobe en épi est aussi une plante médicinale: on fait des tisanes avec les feuilles séchées, et avec les fleurs. Elle serait indiquée pour les troubles de la prostate. Le suc de la plante permettrait de soulager les irritations de la peau et les brûlures, elle contiendrait des composés antiseptiques et anti-inflammatoires.

Enfin la plante est comestible, il semble même que tout se mange dans l’épilobe : les racines à saveur douceâtre, la moelle des tiges sucrée, les jeunes pousses et les feuilles consommées crues en salade ou cuites en légumes comme des asperges. Tout se mange, mais il n’est pas certain que tout soit bon.

Opportuniste, mais avec une telle générosité, qui pourrait lui en vouloir?

Références

(1) On trouve une fiche très complète sur le site « Gouvernement du canada / Secrétariat aux coopératives« : http://www.coop.gc.ca/COOP/display-afficher.do?id=1300903819413&lang=fra

(2) une description botanique dans la magnifique Flore Laurentienne (Recensement des richesses végétales de la vallée du fleuve Saint-Laurent), qui montre en particulier des épilobes en pleine floraison un mois et demi après un feu de forêt.

(3) un point de vue plus savoyard sur « Le petit montagnard » http://lepetitmontagnard.over-blog.fr/article-25111032.html

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