Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus L.)

Le Sabot de Vénus est probablement l’une des fleurs les plus rares de France (si l’on fait abstraction des curiosités pour spécialistes). C’est une fleur de moyenne montagne, bien représentée en  Savoie.

Sa forme retient l’attention. Elle évoque une chaussure si l’on en croit les dénominations (Sabot de Vénus, Sabot de la Vierge, Pantoufle de Notre-Dame – il en faut pour tous les goûts!), mais une chaussure surnaturelle, divine. C’est sans doute ce caractère exceptionnel qui incite nombre d’auberges, de commerces ou d’associations à la choisir comme symbole. Les orchidées tirent leur prestige de leurs particularités; celle ci est la plus grande d’Europe et pas la moins étonnante par sa biologie.

Sabot de Venus 1Répartition

Elle est présente surtout dans la partie Est de la France (1). On trouve dans le nord de la Chartreuse l’une des plus grandes concentrations en France (voir (2) p. 18). La plante est aussi présente dans le parc de la Vanoise, en Haute Savoie (notamment dans la réserve naturelle du Fer à Cheval), et en Vercors (3).

On peut la rencontrer de 300m à 2000m, mais elle préfère la montagne, entre 1000m et 1400m (3). Elle se plait sous le couvert forestier car il lui faut un peu d’ombre, mais pas trop. Les pâturages en cours de recolonisation par la forêt lui conviennent bien.

Biologie

Elle fleuri de Mai à Juillet.

Elle est exigeante pour l’ambiance, elle l’est plus encore pour l’acte de fécondation. Pas question de confier au vent son pollen, ni même de laisser n’importe quel insecte s’en charger.  Il faut qu’un petit insecte (souvent une abeille du genre Andrena), attiré par ses charmes, par le grand label jaune et par le parfum, se pose sur le sabot et glisse sur la surface lisse. Une fois à l’intérieur du sabot, l’insecte ne peut pas ressortir par où il est entré, la poche est trop profonde. Les orifices situés à l’arrière de la lèvre constituent la seule issue. Lorsque l’insecte se débat dans le passage étroit, il effleure d’abord le stigmate (organe femelle) puis se fait arroser de pollen par l’étamine (organe mâle).

Sabot de Vénus

On comprend sans doute mieux le processus de pollinisation du Sabot de Vénus avec des photos.

La pollinisation croisée est obligatoire. Il faut que l’insecte tombe dans un autre piège, qu’il se frotte au stigmate et y dépose un peu de pollen issu du Sabot de Vénus précédemment visité pour qu’une polinisation soit fructueuse.

Alors la fructification peut débuter. La maturation dure 4 mois, les premiers fruits sont mûrs en octobre. Le taux de fructification est faible : 20-30 %. Les fruits contiennent plusieurs milliers, ou dizaines de milliers de graines, mais elles sont évidemment minuscules.

Pour la germination, nouvelles complications: la germination et la croissance de la plantule ne peuvent avoir lieu qu’en présence de champignons symbiotiques spécifiques (mycorhizes). Le développement est d’abord souterrain. La plante ne produit ses premières feuilles qu’au bout de 3 ans et ses premières fleurs au bout de 6 à 15 ans (2).

Biotope spécifique, dépendance à un champignon et à certains insectes: ces complications insensées sont tout à fait dans le style des orchidées. La notion d’écologie prend tout son sens (biologique). La dépendance à l’environnement, qui est le lot de toutes les espèces vivantes, est extrême dans ce cas. La survie de l’espèce dépend de la présence d’autres espèces spécifiques (le champignon, les insectes), avec lesquelles le lien ne doit jamais être rompu. Au fil des millions d’années il faut qu’un accord soit constamment préservé entre la plante et les autres espèces dont sa survie dépend. On est prié d’admirer…

Heureusement, une plante peut vivre plus de 20 ans (grâce à un rhizome qui subsiste en hiver, car bien sûr la partie aérienne ne saurait résister au gel, inévitable compte tenu de l’altitude…). Heureusement, il y a aussi la reproduction asexuée, plus simple! Lorsque le Sabot de Vénus a enfin réussi à s’implanter dans un endroit favorable, il peut se reproduire par stolons. On trouve assez souvent des zones où ils poussent en touffes.
Sabot de Venus 3

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Finalement, lorsque toutes les conditions sont réunies, il y en a plein le sous bois

Sabot de Venus 2.

Ce sous bois est un petit miracle, un jardin précieux. Vu ainsi il est difficile de se rendre compte à quel point cette fleur est rare. Même une plante rare a le droit d’aimer la compagnie… (c’est utile pour la pollinisation)

Conservation

Là où elle se trouve, il faut la protéger. Des études de répartition sont effectuées par les biologistes. Dans le parc du Vercors une étude a été faite, avec un comptage qui visait l’exhaustivité. Environ 8000 plants on été identifiés! Et vous appelez çà une plante rare? Oui bien sûr! Vous en connaissez beaucoup des plantes qu’on peut compter à quelques unités près dans un département?

Elle a disparu dans plusieurs départements français où elle était présente. Les causes de régression: rareté et fragilité des espaces naturels favorables, cueillette (malgré l’interdiction), et aussi le piétinement (mieux vaut rester sur le sentier).

La cueillette est illégale, tout comme l’arrachage (partout en France). Il est d’ailleurs inutile de chercher à la transplanter dans un jardin: l’opération se solde toujours par un échec, on comprend facilement pourquoi.

Interdire de la ramasser est bien, c’est un minimum. Mais pour la protéger efficacement il faudrait aussi se donner les moyens de préserver le biotope… Qu’est ce qu’on attend pour créer une réserve naturelle en Chartreuse? Il existe bien une réserve des Hauts de Chartreuse (site natura 2000), mais une petite partie seulement des stations concernées se trouvent dans son périmètre.

Références

(1) Inventaire national du patrimoine naturel, fiche descriptive du Sabot de Vénus et données de la base de l’inpn concernant la plante.

(2) Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, Synthèse du plan de gestion 2007 – 2012

(3) Nicolas Biron, État des lieux et cartographie des stations de Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus L.) sur le massif du Vercors

(4) Flore forestière française: guide écologique illustré, T2 Montagnes, par Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, G. Dumé, Institut pour le développement forestier (France),  p 1291

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